Projet d’Idex, un triple échec (excellente analyse de l’intersyndicale ENS)

La publication des résultats de la deuxième vague des Idex marque un triple échec.  Et d’abord, celui de la procédure de l’Idex et plus généralement de l’esprit même de cette opération. Le simple fait que les projets Lyon/Saint-Étienne et HéSam (Hautes Études, Sorbonne (Paris 1), Arts et Métiers) non retenus par le jury, fassent finalement leur retour par la petite porte, montre bien la futilité de telles usines à gaz. Il était de toute évidence impossible que le deuxième pôle national, après Paris, en matière d’enseignement supérieur et de recherche, fût absent du palmarès final visant à désigner les « pôles d’excellence de rang mondial ». À quelques (et graves) absences notables près, le résultat ne fait que confirmer la liste, que n’importe qui pouvait dresser, des centres universitaires et de recherche les plus importants de notre pays. Car au fond, le véritable objectif n’était pas d’identifier ces centres mais plutôt d’obtenir des modifications d’organisation voulues par le gouvernement c’est-à-dire la mise en place d’instruments supra-universitaires (« super établissements », fondations, etc.) aggravant les mécanismes mis en place par la LRU. Comme cela s’est déjà produit pour l’opération Labex, les considérations politiciennes ont encore une fois prévalu – hommage du vice à la vertu ? – sur la mécanique des jurys.

L’échec stéphano-lyonnais est ensuite celui d’une méthode, consistant à travailler en petit comité, coupé de la masse des acteurs de terrains, cooptant quelques interlocuteurs dûment choisis, privilégiant les cabinets d’experts auto-proclamés au détriment de l’intelligence et de la créativité collective de la communauté scientifique régionale. Il n’est alors pas étonnant que celle-ci ne se sente guère engagée par un tel projet, encore moins encline à le soutenir et finalement peu affectée par son échec. Cette précipitation a été revendiquée par des contraintes de temps, alors qu’il s’agit du troisième appel à initiatives d’excellence en un peu plus d’un an ! Outre qu’il y avait le temps d’élaborer un véritable projet partagé, il est clair, dorénavant, que ce n’était ni la priorité ni même l’objectif. En effet, le projet qui a été déposé et les engagements qu’il contenait, n’ont jamais pu être examinés ni pu faire l’objet d’une prise de position précise des différentes instances élues (CA, CT), à l’ENS comme ailleurs. Les promesses de la nouvelle gouvernance, tant réclamée par le ministère et ses affidés, dévoilent crûment leur caractère anti-démocratique. L’incapacité des caciques universitaires régionaux à élaborer un projet rhône-alpin, avec Grenoble et l’Université de Savoie, a certainement pesé dans la décision. La démesure concurrentielle qui est le cœur du projet d’Idex, s’est substituée à une logique de coopération régionale. On notera à cet égard, que selon René Ricol, le Commissaire général à l’investissement dont dépendent les projets d’Idex, il s’agissait d’initiatives et non de campus d’excellence avec la visée de construire des projets régionaux ou inter-régionaux.

 Cet échec enfin, est celui d’une équipe, restreinte, qui s’est auto-saisie, seule et de manière opaque, de l’élaboration et de la conduite du projet. Et elle voudrait que son échec (relatif) nous affecte, alors même que la majorité des acteurs de terrain a été tenue à l’écart ? Foin de toute réflexion auto-critique, dont ils paraissent bien incapables, les promoteurs du projet crânent et persistent au contraire à défendre, avec un aplomb satisfait, la qualité de leur projet puisque le gouvernement a déclaré qu’il rechercherait les moyens de le soutenir (le repêcher ?).

Les masques tombent : le soutien à ce projet est fondamentalement « politique », ne disposant d’aucune légitimité réellement démocratique, des acteurs de terrain comme des instances statutaires des établissements du PRES. Rappelons également, pour conclure, un point totalement négligé, et pour cause ! S’agissant de quand même regrouper pas moins de treize établissements, assez disparates et dont le budget total annuel dépasse très largement le milliard d’euros, la première chose à faire aurait dû être d’estimer les « charges de restructuration ». Or, ni les risques structurels, ni les coûts de cette méga-fusion n’ont été réellement estimés. Tout au plus, peut-on présumer que ces charges de restructuration devront être payées par les établissements… Deux ans après la fusion des deux ÉNS, où l’on voit combien les problèmes subsistent, et surtout, combien le coût financier, spécialement en cabinets de consultants, est faramineux, aucun enseignement n’a été tiré…

Nous voici une nouvelle fois à la croisée des chemins. L’un est de poursuivre avec opiniâtreté l’impasse élitiste et autoritaire dans laquelle, un quarteron de dirigeants s’est engagé de manière unilatérale. L’autre consiste à prendre le temps et selon une perspective radicalement différente, de faire avancer le service public et la communauté de l’enseignement supérieur et de la recherche de Lyon/Saint-Étienne, voire de la région Rhône-Alpes. D’offrir à tous les jeunes, de la région et d’ailleurs, la meilleure formation possible, de développer une recherche originale et de qualité où chaque discipline trouve toute sa place, de construire un projet partagé, parce qu’élaboré en commun, réellement innovant, parce qu’il procède d’une mise en commun de l’intelligence collective de toute notre communauté. Sans surprise, nous défendons résolument la seconde perspective et nous prendrons prochainement les initiatives, avec les autres établissements de la région, pour la défendre et la faire progresser. Signalons enfin que des personnels de Lyon 1, Lyon 3 et l’ENS ont (au nom de leurs organisations syndicales)  déféré au tribunal administratif les décisions respectives de leurs établissements approuvant la charte d’engagement. Ces recours montreront leur utilité si l’on essayait de dire que les engagements contenus dans la charte vaudraient même sans participation à l’Idex…

Intersyndicale « Pour une ENS démocratique »

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