Alors, on arrête ?

pauPendant plus de trois mois au printemps dernier, notre Université, comme beaucoup d’autres en France,  a connu un mouvement puissant et inventif, réunissant enseignants, enseignants-chercheurs, BIATOSS et étudiants, qui protestaient contre le projet de transformation néo-libérale de l’enseignement supérieur, engagé à travers la loi LRU et sa mise en application pratique. Il faut être lucide, ce mouvement n’a pas débouché : le gouvernement a joué le pourrissement et multiplié les provocations de tout genre, la lassitude voire l’inquiétude de mettre en péril l’année universitaire a gagné les rangs des grévistes, les tensions entre différentes catégories de personnel, voire entre grévistes, et la désapprobation par rapport au blocage et aux violences ont affaibli la fin du mouvement. Certains d’entre nous doivent être tentés de baisser les bras et laisser faire le rouleau compresseur de la privatisation, de la mise en concurrence et de la précarisation des personnels. Alors, comme ça, on arrête?

Le collectif  Pour une Autre Université, tout en étant conscient des difficultés à continuer à résister aux projets gouvernementaux et à leurs soutiens locaux, considère qu’il est encore possible de défendre l’Université publique et ses personnels, qu’il est encore possible de barrer la route aux amis de la marchandisation du savoir, à condition que nous reconstruisions un mouvement fort et solidaire, ouvert et inclusif, qui ne laisse aucune catégorie de personnel, aucun étudiant, de côté. Dans l’immédiat plusieurs dossiers nous préoccupent :

  1. La marche forcée vers l’autonomie financière de notre Université peut et doit être interrompue. Cet « élargissement des compétences » conduira inéluctablement à une aggravation des conditions de travail de l’ensemble des personnels. Dans un établissement « pauvre », car sans moyen sérieux de financement autre que ministériel, la direction de l’Université sera amenée dans le très court terme à intérioriser les contraintes nouvelles et à faire payer aux personnels une autonomie dont le seul et unique objectif et d’alléger le budget de l’Etat. Le recours aux vacataires, la multiplication des contrats à durée déterminée, la réduction relative du nombre de titulaires dans toutes les catégories seront les conséquences inévitables de cette « réforme ».
  2. La concentration des pouvoirs de plus en plus importants dans les mains du Conseil d’Administration et de la Présidence est un danger mortel pour la démocratie universitaire. Rappelons que le gouvernement a déjà réduit de manière draconienne la représentation étudiante et des BIATOSS au sein des conseils de gestion et qu’il a imposé un nombre extravagant de personnalités extérieures, dont l’utilité reste encore à démontrer (au sein du CA de notre Université, deux représentants des collectivités locales n’ont quasiment jamais assisté à une séance du Conseil, y compris pendant les moments les plus importants du mouvement, et un autre – représentant du monde des affaires – a déjà démissionné). Pour ce qui concerne les enseignants-chercheurs les promotions seront désormais décidées localement, sans garantie aucune d’une prise en compte de la valeur scientifique des dossiers, et donc sans protection contre l’arbitraire des règlements de compte locaux. Il faut marquer un arrêt à la dérive autoritaire dans la gestion universitaire.
  3. La question de la formation des étudiants est loin d’être tranchée. Mastérisation, réforme du CAPES et de l’agrégation, rôle des IUFM, autant de questions entourées d’un flou qui n’a rien d’artistique et qui est générateur d’angoisse chez les étudiants et de démobilisation professionnelle chez les enseignants.

Toutes ces questions doivent de nouveau être débattues par les instances représentatives de l’Université.

Le collectif PAU appelle les personnels à reprendre en main ces dossiers, à se réunir pour déterminer les modes d’action et d’intervention pour qu’aucune décision ne se fasse sans eux. Ses élus s’engagent à poursuivre leur action au sein des Conseils et à servir de relais, comme cela a toujours été le cas, des luttes universitaires.

Sur le plan local, la situation est loin d’être satisfaisante. Nous avons appris pendant l’été la décision du Président actuel d’abandonner ses fonctions en janvier 2010 après seulement un an d’exercice. Soyons clairs, cette décision et les incertitudes qu’elle suscite quant au devenir de notre Université posent problème à nous tous. D’abord parce qu’elle ouvre un espace pour ceux et celles qui n’ont jamais accepté de tourner la page aux présidences précédentes, marquées par l’autoritarisme, le mépris des personnels, le suivisme par rapport aux Ministères successifs, sans parler des dossiers actuellement en cours d’examen concernant les dépenses excessives et peu contrôlées dans certains secteurs de l’Université. Ensuite parce qu’elle affaiblit notre Université au moment où il faudrait de nouveau faire front contre les assauts de Sarkozy, de Fillon et de Pécresse. Nous ne souhaitons pas que cette vacance présidentielle ouvre la voie au retour des caciques d’hier. Nous ne souhaitons pas non plus qu’elle annonce l’abandon de la résistance par rapport aux projets ministériels. Comme ce fut le cas lors de l’élection d’Olivier Christin, nous sommes prêts à soutenir, le temps d’une élection, tout(e) candidat(e) qui s’engage à être de nos côtés dans les batailles pour la défense de l’Université publique, et dans le soutien aux revendications des personnels et des étudiants. Mais nous ne sommes pas dupes : dans les temps qui viennent certains se trouveront sans doute une fibre sociale, voire revendicative, dans l’espoir de mobiliser le vote en leur faveur.

Nous avons la mémoire de ce qui s’est dit et ce qui a été fait pendant le mouvement de grève, de ceux et de celles, surtout du côté des anciennes présidences, qui ont tout fait pour diviser le mouvement, envoyant leurs étudiants contre les assemblées générales, organisant des contrôles pendant la grève, appelant incessamment à l’intervention policière et applaudissant lorsque des étudiants innocents ont été arrêtés, parfois brutalisés et traînés devant les tribunaux. Nous ferons tout pour que ceux-là ne fassent pas partie de la prochaine équipe présidentielle et que nous restions sur une trajectoire qui permet à la fois de gérer l’Université dans les meilleures conditions possibles pour l’ensemble des personnels et des étudiants et de résister à la régression néo-libérale.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s