Lyon-II veut sortir du conflit entre bloqueurs et partisans de la reprise (Libé)

Dans un amphithéâtre bondé, Yannis Burgat, président de l’Union nationale des étudiants de France ( Unef ) à Lyon, demande la parole. «Je ne pense pas qu’il faille radicaliser le mouvement. Ce n’est pas une bonne façon de rester populaire et majoritaire. S’enfermer dans des actions radicales, ce serait donner du crédit à Valérie Pécresse.» Après treize semaines de mobilisation, Lyon-II se cherche un second souffle et tente de résister aux tentatives de «pourrissement» du mouvement. La semaine a été marquée par des violences étudiantes et policières, lundi, en marge d’un référendum contesté. La présidence de Lyon-II demandait aux étudiants, enseignants et personnels de répondre à bulletins secrets à la question suivante : «Etes-vous favorable à la levée du blocage ?» L’Unef et la FSE (Fédération syndicale étudiante) appelaient au boycott d’un scrutin «décidé par-dessus la tête des AG» . Et une assemblée générale appelait à «bordéliser» le vote… Aspergés. Celui-ci s’est du coup tenu en présence de vigiles armés de bombes lacrymogènes. Après quelques heures d’un climat tendu, deux bloqueurs sont entrés vers 15 heures dans le bureau. Le chargé de communication de l’université les a désignés aux vigiles, qui ont tenté de les maîtriser, tout en refermant la salle pour les isoler de la vingtaine de camarades qui les soutenaient à l’extérieur. La situation a alors dérapé. Des chaises ont volé, des étudiants ont été aspergés de gaz, des pétards lancés dans la salle. Deux personnes ont fait des malaises, incommodées par les gaz. «Nous sommes hostiles à la présence de vigiles privés au sein de l’université, déplore Keith Dixon, enseignant-chercheur élu au conseil d’administration de Lyon-II. Ils avaient des rapports très tendus, très difficiles, aussi bien avec les étudiants qu’avec les enseignants. Cela a tourné à l’affrontement très rapidement.» Des membres de l’administration ont réussi à emporter urnes et listes d’émargement, et le scrutin s’est arrêté à 15 h 15 au lieu de 18 heures. Le soir, la présidence annonçait cependant le résultat massif : 80,77 % d’étudiants s’opposaient au blocage. Mais le taux d’abstention était supérieur à 85 %. Selon de nombreux témoignages, la police a dressé après les incidents une «souricière» pour procéder à cinq arrestations. Des enseignants avaient décidé d’accompagner les étudiants pour que la dispersion se déroule dans le calme. Les policiers les ont orientés vers une rue étroite. La patronne d’un restaurant raconte : «Je les ai vus arriver, assez cools. Il y avait plein de cars de police qui barraient la rue, un peu plus haut. Quand les étudiants sont arrivés devant, un deuxième barrage s’est refermé derrière eux, juste devant mon resto. On a vu des policiers sortir des fourgons avec des chiens, des matraques et des bombes lacrymogènes. Ils ont foncé dans le tas. Moi, je ne suis pas pour les manifestations, mais là, ils n’avaient rien fait, c’était révoltant à voir.» Sur renseignement des vigiles de l’université, les policiers ont arrêté cinq personnes, dont deux syndicalistes de la FSE, qui distribuaient des tracts lundi matin devant le bureau de vote. «Ce sont clairement des arrestations arbitraires pour punir notre organisation», estime Alexandre, l’un des deux syndicalistes arrêtés et relâchés le lendemain. Julie Kuentz, présidente à Lyon de son syndicat ajoute : «Le mouvement est entré dans une phase où la répression s’accentue, pour faire peur, décourager et pourrir le mouvement.» La présidence de Lyon-II a condamné les violences «très graves» commises par les étudiants. Syndicats étudiants et enseignants ont pour leur part dénoncé «la violence policière et les arrestations préméditées de grévistes connus» . En AG, les étudiants ont rejeté toutes les violences. «Il faut se démarquer, sinon un amalgame va se faire dans la tête des gens, et cela va nous décrédibiliser. Cela fait le jeu du gouvernement et de la présidence, qui cherchent à pourrir notre mouvement», estimait en AG un jeune homme non syndiqué. Les étudiants ont voté à la quasi-unanimité l’ «illégitimité» du référendum de lundi. Mais ils restent divisés sur l’opportunité de se radicaliser, et sur les modalités de validation du semestre. Des enseignants ont poursuivi leurs cours malgré les blocages. Dans les cafés, et parfois même chez eux. Validation. Les niveaux de connaissance des étudiants étant disparates, la FSE appelle à une validation automatique, que d’autres étudiants rejettent. «Je vais faire débat, mais je ne suis pas d’accord avec la validation automatique, dit Line, de l’Unef. On se bat pour l’université des savoirs et on ferait en sorte de dévaloriser nos diplômes ? Ce serait injuste qu’ils valent moins que d’autres diplômes obtenus dans des facs moins mobilisées que la nôtre.» L’assemblée générale s’est cependant prononcée pour une «validation automatique», avec «examens facultatifs» . Et Julie Kuentz, de la FSE, prévient : «S’il faut bloquer les examens pour faire comprendre qu’on reste mobilisés, on le fera. »

Olivier BERTRAND avec Farid SIDI-BOUMEDINE

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