Pour ou contre la grève ? Quels autres moyens de lutte ?

Pour ou contre la grève ? Quels autres moyens de lutte ?

« La grève dure est notre seul moyen d’action ». Ces propos récents tenus à la fois par un ouvrier du privé et un professeur des universités ont suscité les réflexions qui suivent, à propos des divers moyens d’action autres que la grève, envisagés pour se faire entendre du gouvernement. Ces réflexions sont censées répondre aux inquiétudes et contribuer aux questions que se posent beaucoup de personnels enseignants engagés dans la grève des cours à Lyon 2 depuis 2 semaines (3 semaines à l’IEP), alors que la reconduction de la grève sera envisagée lors de l’AG des personnels à la rentrée du 23 février.

Problème posé par de nombreux collègues à Lyon2 comme dans d’autres universités : les étudiants n’ont pas eu cours depuis la deuxième semaine de janvier. Avec la grève et les vacances d’hiver, l’interruption a déjà duré 6 semaines. Quid des étudiants perdus dans la nature ? Faut-il continuer la grève de manière radicale ? Ne pourrait-on pas reprendre les cours en organisant des actions alternatives ? Les étudiants doivent-ils payer pour des réformes dont ils ne sont pas responsables ?

1. Suspension des cours
a. Durée de la suspension
Certes, il y a toute la période de banalisation du mois de janvier, mais il ne faut pas l’additionner aux semaines de grève. Elle est à imputer au système du LMD qui fractionne en semestres et crée des ruptures longues ; ce mois de vacance pédagogique aurait donc de toute façon eu lieu. Toutefois, les étudiants ne sont plus de petits enfants qu’il faudrait souvent garder en cours pour qu’ils continuent à penser et se former intellectuellement. Une situation de lutte, assez inédite, comme celle-ci, est l’occasion de réflexions multiples intellectuelles, citoyennes : place de la recherche dans la société ? sens et fonction du public ? de la formation des enseignants ? du fonctionnement de nos institutions (décret, loi, assemblée), etc. Dans les AG, il est aisé de constater que, pour les étudiants comme pour les enseignants, la grève est une période de formation enrichissante et de développement de la maturité intellectuelle et civique : analyses systémiques étendues à l’ensemble de la société, réflexion sur les divers modes d’action, organisation collective de la lutte, création de comités de mobilisation, prise de conscience d’une solidarité au-delà de sa composante, etc. Tout cela est essentiel et vaut autant en pratique que diverses approches théoriques des problèmes sociaux (cours de sociologie, de sciences politiques ou de littérature de la résistance).

b. Réalité de la suspension
Objectivement, les étudiants n’ont pas eu cours pendant les deux (trois) premières semaines du semestre 2. Mais cela est à relativiser, car la grève n’a pas été « radicale » : les étudiants avouent eux-mêmes que durant la 1ère semaine, la grève a été presque totalement suivie mais que, dans certaines composantes, pendant la 2ème semaine, en gros 1 enseignant sur 8 a réellement fait grève, les autres se contentant, souvent, de 5-10′ d’intro sur la grève pour enchaîner normalement sur leur cours.

2. Grève et conséquences pour les étudiants
a. Problème de la « prise d’otage »
Les étudiants ne sont pour rien dans les réformes, certes, mais si on fait les cours ou si on les rattrape, cela revient tout bonnement à annuler l’effet de la grève. Faire une grève tournante ou recourir uniquement à une action symbolique, c’est faire en sorte que la grève ne soit pas gênante (éternelle question de la « prise d’otages » posée par la droite) et une grève qui ne gêne pas ou plus, ce n’est plus une grève. Bref, cela revient à casser notre seul outil de lutte. Une grève n’est jamais une partie de plaisir : pour qui la fait, c’est une perte de salaire et un investissement psychologiquement et matériellement plus lourd ; pour ceux qui la subissent, ce n’est jamais sans dommages. Une grève des transports a toujours des répercussions (telle personne qui ne peut se rendre à son rendez-vous d’embauche, etc.), idem pour une grève des postes, des enseignants du primaire, etc.

b. Effets mineurs ponctuels de la grève vs effets dévastateurs et à long terme des réformes

On peut résumer le dilemme en mettant les choses en balance : d’un côté une grève de 2 semaines, voire d’un semestre de cours (voyons loin !) ; d’un autre, casse de la fonction publique (l’idée du gouvernement, sur le modèle d’autres pays, est de revenir sur le statut de fonctionnaire et de faire en sorte qu’on puisse licencier des fonctionnaires), suppression de postes par milliers, précarisation universelle (des Biatoss, de nos futurs collègues EC…) et sélection sociale de nos étudiants : réforme des Crous ; logement dans des conteneurs ; mastérisation (qui voudra faire des études pour être enseignant, si l’issue est aussi contraignante qu’aléatoire, c’est-à-dire s’il faut ET un master ET un concours ET passer un entretien d’embauche dans un établissement, tout cela au bout de 5 ans d’études, sans financements réels ? Personne, sauf ceux confortables socialement – d’autant que la hausse des frais d’inscriptions est à craindre, quand les universités coulent, faute de financement du privé, comme en Angleterre).
Face à cette destruction sans précédent, nous pouvons faire cours, ce qui satisfera nos étudiants et nos consciences dans l’immédiat. Mais il nous faudra alors répondre à toutes les générations d’étudiants à venir que nous n’avons rien fait, parce que nous avons craint de ne pas satisfaire une seule génération ; et il nous faudra finir notre carrière en concurrence avec des collègues en CDD, à qui nous expliquerons que nous n’avons rien fait pour assurer le maintien du statut de fonctionnaire. C’est donc le pari pascalien : d’un côté, un très grand risque contre lequel on lutte par la grève « radicale », dont on ne sort évidemment pas le sourire aux lèvres ; de l’autre, pas ou peu de risques (la grève ne détruira pas les cerveaux de nos étudiants, beaucoup d’EC qui ne se déclarent ni ne versent à une caisse de solidarité ne perdent rien financièrement ; il n’y a pas (encore) de risque de perdre son poste de fonctionnaire…).

3. Sur les actions autres que la grève (= jet d’avions en papier sur le ministère de l’ESR ; défilé en tenue de père Noëls ; envoi des publications et travaux de recherche à Sarkozy pour qu’il évalue lui-même les chercheurs ; lancers de ballons en forme de coeur comme « preuves d’amour » à Pécresse ; découpage et collage de citations de textes sur l’arbitraire du pouvoir et la résistance ; enterrement de l’université avec cercueil ; soutenance parodique de thèse de Pécresse ; cours hors les murs avec mégaphone et blouse blanche pour les scientifiques durs ; pique-niques mani-festifs ; chaîne humaine ; lecture de texte ; classement de sandales, etc.). C’est une pratique qui a commencé avec SLR en 2003-2004 et qui vient de collègues de sciences dures ; elle est fortement soutenue par les étudiants. Discussion sur les finalités, avantages et inconvénients.

a. Action alternative vs action symbolique
On distinguera l’action « alternative » de l’action « symbolique ». L’action alternative a pour but de se substituer à la grève, présentée comme inefficace, invisible ou trop politisée ; elle donne bonne conscience et permet de reprendre les cours. L’action symbolique se situe sur un autre plan : donner une autre consistance au réel (symbolique en l’occurrence) pour le faire comprendre, entrevoir, partager et accepter par ceux (les « spectateurs ») dont ce n’est pas, précisément, le réel. Autrement dit, l’action symbolique permet la communication et le partage entre ceux qui la font et ceux qui peuvent la voir, l’entendre, la recevoir.
Mais une action alternative est souvent symbolique, parce qu’elle privilégie cette modalité pour ne pas recourir à la grève. Il faut donc s’entendre : pour ne pas casser la force de l’outil que constitue la grève, il faut absolument concevoir l’action symbolique comme le moyen de compléter et rendre visible une opposition qui, si elle ne se manifeste que par la grève, risquerait de rester invisible.  C’est par l’action symbolique que la lutte peut « gagner l’opinion » et se rendre visible à la surface sociale, dans les discours sociaux les plus accessibles, c’est-à-dire les discours médiatiques. On peut donc plaider et œuvrer pour une combinaison de la lutte politique (grève, manifestations, assemblées générales, blocage de conseils) et de l’action symbolique. Face à un gouvernement aussi arbitraire et violent, le symbolisme seul n’est pas de mise : le symbolique opposé au politique, c’est beau comme Platon, mais l’intellectualité pure, abstraite de l’aspect concret et politique de la lutte (grève, etc.), court le risque d’être sans pertinence et spectaculaire.

b. Pertinence de l’action symbolique
Pour être pertinente et partagée par les « spectateurs », l’action symbolique doit être orientée vers l’autre et avoir du sens. Le sens du déguisement des chercheurs en pères noëls, des avions en papier lancés sur le ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche ou du lâcher de ballons en forme de cœur (pour répondre à la ministre parlant de « formes d’amour ») n’a pas été compris par l’opinion et a plutôt été vu comme une caricature de l’action. Autre exemple : la lecture en public de la Princesse de Clèves. Cette manifestation symbolique a du sens politique, si elle vise à s’opposer au discours de Sarkozy sur l’éducation, qui citait la Princesse de Clèves comme parangon de l’inutile. En revanche, si cette lecture publique prenait la forme de « lire un beau texte que j’aime pour mettre de la beauté dans ce monde de brutes », la cible politique disparaît et le lien avec la défense du service public, des étudiants…, devient particulièrement obscur. L’idée de chaîne humaine, proposée par certains, demande donc à avoir du sens : pourquoi une chaîne serait-elle plus pertinente et efficace qu’une manifestation ? Une chaîne humaine, c’est une personne par mètre linéaire (en gros) ; dans une manifestation, c’est 20 personnes par mètre. Quantitativement, le ministère saura toujours faire l’addition. On dit que les syndicats ne sont représentatifs que de 10% de la population qui travaille ; a fortiori, une chaîne humaine, aussi grande soit-elle, sera encore plus vite réduite à l’état de phénomène négligeable. Le sens, la finalité, l’effet attendu, doivent être pensés et donnés avant la manifestation.

c. Dimension spectaculaire et/ou solidaire
Certaines actions symboliques courent le risque d’une mise en scène de la lutte et de l’individu. On peut concevoir qu’une lutte est quelque chose de sérieux qui ne souffre pas une certaine théâtralisation, sur le mode tragique, poétique, comique ou médiatique. L’enseignant qui fait son cours hors les murs avec un mégaphone participe à la société du spectacle : il fait un happening dans une société du spectacle, c’est du pas ordinaire mais calibré dans les normes pseudo-extra-ordinaires de la-dite société. L’enseignant est marrant, on sourit en l’écoutant parce qu’il ne se prend pas au sérieux – et parce qu’il n’est pas sérieux… Cela est encore plus marqué dans les actions symboliques caricaturales : un professeur d’université en père Noël, c’est rigolo – mais au fond, que retient-on, sinon l’image de quelqu’un de pas très crédible ?
Inversement, on peut considérer que les cours hors les murs sont l’occasion pour les étudiants de devenir un public actif et pour les enseignants, de manifester une solidarité avec leurs étudiants. En somme, de lutter contre l’idée que la grève prend les étudiants « en otage » : le cours hors les murs est la manifestation, dans l’espace public, que la lutte est partagée. Il importe alors de définir les contenus des-dits cours : si ce sont les cours habituels, prévus pour être faits dans les murs, cela risque d’annuler la grève. Mais si le contenu de ces cours est réapproprié, si ces contenus ne sont pas académiques mais en prise directe avec la réalité et les objectifs de la lutte, l’action symbolique atteint son but. Le spectaculaire (action inédite d’un individu dans un cadre extraordinaire) est dépassé au profit d’un échange d’idées entre citoyens, qui peut déboucher sur une amplification de la lutte politique et une exigence plus claire des revendications. Exemple de ces contenus : en musicologie, les musiques révolutionnaires ; en économie, les modèles alternatifs ; en sciences politiques [exemple à trouver, comme dans d’autres disciplines !] ; en littérature, les œuvres sur pouvoir et société, éducation et société… ; en linguistique, la notion de norme, etc.

d. Enjeu collectif vs individuel de l’action symbolique
Les actions symboliques viennent souvent des étudiants (type « enterrement de l’université »), car elles leur permettent de manifester leur réflexion, leur compréhension des enjeux partagés de la lutte, et d’agir avec les enseignants. Mais il convient d’être prudent :
– éviter que l’action symbolique se replie sur l’individu et devienne une manifestation narcissique. Ainsi de celui qui, lisant en boucle la Déclaration des Droits de l’Homme, prend la pose du Résistant à peu de frais et que les médias prendront en photographie. On peut bien sûr considérer que le manifestant photographié n’offre que le visage d’un collectif qui s’incarne en lui et s’exprime par son geste – il reste que parfois le manifestant a une identité individuelle dans la photo de presse et que l’enjeu collectif s’efface derrière l’individu. Dans la lutte sociale (grève, manifestation, AG), en tout cas, l’enjeu est collectif et anonyme : la lutte en tant que telle est peu médiatique (la photo d’une AG est une photo d’une masse, ce qui n’est guère « porteur » dans une société libérale qui promeut l’individu) ;
– éviter que l’action symbolique exclue l’opinion en se transformant en manifestation de classe. La soutenance de thèse de Pécresse, l’enterrement de l’université… sont des manifestations qui relèvent de rites parodiques estudiantins. Elles manifestent souvent un humour potache auquel nous, EC, sommes sensibles, mais qui est celui d’une classe ou d’un milieu et qui n’est pas partagé par ceux qui n’ont pas fait d’études supérieures.
Il importe donc d’avoir toujours à l’esprit que les actions symboliques sont faites pour faire émerger, dans les représentations collectives, ce qui les sous-tend (le conflit et ses enjeux, les revendications) et qu’elles doivent avoir du sens, un sens accessible à tous. Et qu’une action symbolique forte doit impliquer collectivement, de sorte que le gouvernement sente l’ampleur de la résistance. Une action symbolique forte doit être faite par de très nombreuses personnes, de sorte qu’elle s’accompagne, comme une manifestation tout court, de la mise en place de forces de l’ordre : c’est ce qui montrera que les autorités perçoivent qu’une partie de la population refuse fortement une décision arbitraire (comme un décret).

e. Disproportion et contre-productivité de l’action symbolique ?
Le risque de l’action symbolique est son inadéquation en termes de proportion. Sarkozy renverse les institutions, impose la précarité (et la pauvreté) partout, casse la fonction publique. En regard, l’action symbolique peut paraître dérisoire : les ouvriers en grève ne recourent pas à ce mode d’action et on peut se demander comment ces actions symboliques sont perçues de l’extérieur, par des gens qui n’ont pas fait d’études ou qui, socialement, souffrent en ce moment. Quand des enseignants-chercheurs font une cérémonie d’enterrement de l’université, en noir, avec fanfare funèbre etc., tout un chacun doit se dire que la situation des EC n’est pas si grave, s’ils ont le temps de faire les comédiens au lieu d’adopter un mode d’action dur. On note cependant que ces actions ont un effet qui commence à être mesuré : elles permettent de donner à la mobilisation une existence médiatique (à cet égard, la photo illustrant le cahier spécial du Monde le jeudi 19 février, est bien celle d’une action symbolique : l’enterrement de l’université). Mais on peut aussi penser qu’un long cortège (comme celui du 10 février), silencieux, où on entend l’angoisse de milliers d’individus sur leur avenir, a bien plus de poids.
La réalité de la mastérisation, au-delà de nos services, c’est la précarité pour nos étudiants quand ils seront enseignants (listes d’aptitude, CDD à répétition), la précarité quand ils prépareront les concours (bourses à 120-208 euros / mois ; « gratification » pendant les stages), le vidage disciplinaire de nos formations, la non-formation des futurs enseignants qui auront des diplômes au rabais, la disparition programmée des concours (les postes en LM seront divisés par 3 d’ici 2012, c’est dit par le MESR!!), la suppression de la fonction publique. Face à cette réalité qui est inquiétante pour nous, pour les étudiants et les générations futures dans les écoles, collèges et lycées, on fait un lâcher de ballons devant le rectorat vendredi 13 février… Les Français qui ont vu ça ont-ils compris la nature des revendications ? Au mieux, ils se sont dit qu’on payait les fonctionnaires à jouer aux comiques, que ces intellectuels ne sont vraiment pas sérieux et en prise avec la réalité, et on a accru la foule des revanchards anti-fonction publique. Autre exemple : celui qui jette des avions en papier sur le ministère se met dans la position du petit enfant en salle de classe qui se rebelle contre son maître d’école avec des moyens détournés – mais ce faisant, il (l’enfant ou l’EC) reconnaît l’autre pour son Maître et lui laisse toute autorité.
Pour éviter que les manifestations symboliques apparaissent comme sous-proportionnées et contre-productives, il faut impérativement que ces actions manifestent une « réappropriation » de leur devenir par ceux qui la font – par exemple, installer des tentes de fortune sur le campus et faire des cours dessous, pour montrer vers quelle pénurie et pauvreté nous allons…

4. Quel bilan ?

Il est clair qu’une action symbolique ne peut remplacer l’outil de la grève dure. Il est clair aussi qu’enterrer l’université ne fait pas comprendre en soi la réalité dure et la complexité des enjeux des réformes universitaires. En revanche, l’action d’enterrement de l’université a donné accès à certains médias (Le Progrès, TLM, France 3, Le Monde), ce qui a permis de faire un peu entendre la lutte sociale que nous menons. La grève à l’université n’a pas d’impact, parce que l’interruption de la production du savoir, la ponction du salaire des grévistes, le caractère très peu radical et ponctuel de la grève, satisfont le gouvernement et n’entravent pas le système économique. Deux solutions, alors :
(1) faire une grève radicale qui ne serait pas ponctuelle mais étendue (une université totalement morte pendant un mois serait nécessairement vue) et maintenir la production du savoir par l’action symbolique, hors les murs, des cours critiques (sachant qu’on peut approcher tout domaine du savoir en relation critique au politique) ;
(2) passer à des actions autres, qui bloquent l’économie : blocages divers (péages autoroutiers, voies de chemin de fer…) – mais on touche là à un mode d’action réellement radical et parfois jugé comme illégal.
Ne vaut-il donc pas mieux la grève radicale, appuyée d’actions symboliques ?

Isabelle GARCIN-MARROU et Philippe SELOSSE,
Snesup – Collectif des personnes mobilisés « Pour une Autre Université » (PAU), Lyon 2

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