Contre-expertise de Libé sur les milliards de la recherche

LA PHRASE

« Le président de la République et le Premier ministre ont fait le pari qu’une croissance durable et une croissance dynamique, c’était d’abord l’enseignement supérieur et la recherche qui devaient la tirer. Et donc le budget de l’enseignement supérieur et de la recherche est un budget prioritaire dans ce budget 2009, comme il l’a été en 2008, et il augmentera de 1 milliard huit cents millions d’euros, c’est-à-dire de 50 % sur cinq ans pour l’enseignement supérieur et de 40 % sur cinq ans sur la recherche ».

LE CONTEXTE

Nicolas Sarkozy, candidat à la présidence de la République, avait proclamé son projet de faire de ce secteur une priorité et de le faire bénéficier d’un effort public sans précédent. Valérie Pécresse, ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, affirme que l’engagement est tenu et affiche un budget de la recherche et de l’enseignement supérieur en progression de 1,8 milliard d’euros. Problème, le principal syndicat de chercheurs, le SNCS-FSU, dénonce une tendance à la baisse, avec une diminution d’un demi-milliard. Qui croire ?

LES FAITS

Comment les 1,8 milliard d’euros de Pécresse deviennent-ils, en une étrange équation syndicale, une perte de 0,47 Md d’euros?

Primo, le 1,8 Md est en fait… 1 milliard, car le total brandi par Pécresse résulte de l’addition des crédits budgétaires, des remboursements d’impôts pour les entreprises, les produits financiers des privatisations, des financements privés. La ministre elle-même précise que l’effort budgétaire se limite à « 964 millions d’euros »… arrondis à un milliard par le syndicaliste matheux.

Et ce n’est pas tout… Car il s’agit d’un milliard d’autorisations d’engagements, selon le jargon de Bercy. Le syndicaliste n’est pas seulement matheux, il est aussi comme saint Thomas, il croit ce qu’il voit, donc le «vrai argent», c’est à dire les CP, les Crédits de paiement inscrits au budget 2009. Or, ceux-ci sont de… 0,720 milliard. D’où il faut retrancher 0,74 milliard…

Car, toujours logique, le syndicaliste veut une « vraie » augmentation, c’est à dire inflation déduite. Or, si l’on compte une inflation de 3,2% sur le volume des CP (23,435 milliards), on trouve 0,74 milliard. Somme qu’il faut déduire de l’annonce pour savoir si le pouvoir d’achat de la recherche augmente ou diminue.

Enfin, vient une deuxième soustraction de 0,35 milliard. Elle correspond à l’augmentation des cotisations retraites prélevées en raison d’un nouveau mode de calcul inauguré en 2006. Cet argent ne va faire que transiter par les caisses et aucun labo n’en verra la couleur.

Le résultat des deux soustractions s’affiche en négatif, avec une baisse d’environ un demi-milliard.

Au terme du raisonnement, qui croire ?

Curieusement, les deux.

Bien entendu, les chiffres de la ministre sont vrais… tout comme ceux du syndicaliste. Il faut juste se mettre d’accord sur leur sens. Le voici :

1)  L’Etat augmente vigoureusement son soutien à la recherche des entreprises privées, pour l’essentiel via le crédit d’impôt recherche, qui augmente de 620 millions d’euros. Problème: ce dispositif n’a pas été évalué et son essor va gonfler la part qui ira aux grandes entreprises qui font des bénéfices et n’ont pas besoin de cela au lieu d’aider les PME en priorité.

2) Le soutien à l’enseignement supérieur augmente réellement si l’on compte par étudiant (dont le nombre diminue depuis 2004)… mais tout le monde oublie de souligner que même en additionnant toutes les annonces (plan campus, partenariats public/privé, crédits budgétaires etc.), on se retrouve avec des sommes du même ordre de grandeur que ce qui était jugé nécessaire pour la mise aux normes  et la rénovation des bâtiments universitaires et des cités-U. Le sous-financement généralisé des Universités à été reconnu par tous les partis politiques, commencer à y mettre fin n’est pas un exploit.

3) Les crédits de la recherche publique seront certes en hausse hors inflation si l’on additionne tout (ANR, Organismes, Universités). Par exemple, le Cnrs, navire amiral de la recherche, voit son budget augmenter de 4,6%, l’Inserm de 5%. Pourtant, cette hausse est jugée «décevante» par le prix Nobel de physique Albert Fert. Notamment parce que, comme le déplore le SNCS-FSU, l’essentiel de la hausse annoncée sera mangée par l’inflation et les transferts de charges pour les retraites. Mais aussi, et peut-être surtout, parce que la recherche «d’excellence» souhaitée par le gouvernement suppose un financement lui aussi «excellent». Rivaliser avec les meilleurs labos du monde, aux Etats-Unis ou ailleurs, exige certes de recruter d’excellents chercheurs, de bien les organiser, mais aussi de les fournir en moyens (des souris transgéniques aux navires océanographiques en passant par les télescopes, les ordinateurs, les billets d’avions, etc) permettant de se mêler à la compétition mondiale.

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